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Dans presque tous les pays, la formation professionnelle est soumise à des influences et à des contraintes très comparables. Elles sont bien connues et il est à peine nécessaire de les rappeler:
qualifications de plus en plus élevées et constamment changeantes, exigées du fait des changements technologiques et organisationnels, en liaison avec la pression de la concurrence ; montée et persistance du chômage dans beaucoup de pays ; forte demande sociale déducation, entraînant un allongement de la durée des études et une élévation des niveaux.
Les Etats ont de plus en plus de peine à répondre à ces contraintes, car les ressources publiques tendent à se restreindre. Et les réponses à ces contraintes sont souvent très différentes, dans la mesure où les traditions culturelles et les institutions varient considérablement suivant les pays (voir lexposé sur la certification). On peut néanmoins dégager quelques tendances ou au moins quelques problématiques communes:
a) Relations entre enseignement général et professionnel. Laugmentation de la scolarisation va-t-elle profiter principalement à lenseignement général (cas le plus fréquent) ou à lenseignement et à la formation professionnelles (Danemark, Pays-Bas) ? Comment améliorer limage de cette deuxième filière et la rendre plus attrayante ? Ce peut être par une intégration plus poussée des programmes ou des institutions, par le renfocement des matières générales dans lenseignement professionnel ou par louverture de plus larges possibilités de poursuite détudes à ceux qui suivent la filière professionnelle
b) Relations avec le marché du travail. Tous les pays ressentent la nécessité dun rapprochement pour améliorer la capacité de réponse (responsiveness) des systèmes de formation à lévolution des besoins en qualifications. Ce rapprochement peut se faire à deux niveaux: participation des employeurs et éventuellement des organisations syndicales à la définition des objectifs de formation, à la conception des programmes détudes et à la régulation des flux détudiants/apprentis, et ; participation des entreprises à la formation (voir plus loin).
c) Flexibilité et évolution des contenus et des structures. Il sagit notamment doffrir aux jeunes des itinéraires de formation plus diversifiés et plus souples, avec des possibilités de poursuite détudes, dadapter les contenus aux demandes changeantes du marché du travail, de réduire le nombre de spécialités de formation pour que chacune dentre elles soit conçue de manière plus large, dintroduire un système modulaire et de définir des qualifications clés (ou transversales).
d) Mesures particulières pour les jeunes en difficulté. Si le niveau général des études sélève et si le nombre de jeunes qui sortent de formation sans qualification diminue, lévolution des qualifications et le chômage font aussi que ces jeunes sont de plus en plus menacés par lexclusion économique et sociale. Doù le développement dun grand nombre de mesures et de programmes sadressant à ces jeunes et comportant généralement une alternance avec des périodes de travail en entreprise. Mais la démarche la plus efficace reste sans doute la prévention, consistant à suivre autant que possible individuellement les jeunes à risque pour éviter les abandons précoces et la marginalisation progressive.
e) Formation continue et apprentissage à vie. Avec lévolution constante des emplois et qualifications et la nécessité de préparer à une mobilité professionnelle, aucune formation initiale ne peut préparer les jeunes pour la vie entière. Lapprentissage à vie est donc généralement reconnu comme une nécessité. Mais les progrès dans la mise en oeuvre de cette idée sont lents, car ils impliquent des changements importants, non seulement dans lorganisation de formations adaptées, mais aussi dans la reconnaissance de ces formations et dans laménagement du temps consacré au travail et à la formation.
f) Qualité, évaluation, certification. Lextension de la scolarisation et les exigences accrues du marché du travail impliquent que lon se soucie davantage de la qualité de la formation. Du fait de son coût élevé et des restrictions budgétaires, il sexerce une pression croissante pour une utilisation efficiente des ressources. Doù limportance de lévaluation et dune certification qui doit notamment garantir ladaptation des formations aux exigences du marché du travail (voir ci-dessous).
g) Organisation, gestion et financement. La même préoccupation defficience et dadaptabilité influe également sur les questions dorganisation, de gestion et de financement, qui sont développées ci-dessous.
Les pays dans lesquels existe un système denseignement professionnel structuré gèré de manière centralisée ont entrepris un effort de décentralisation, visant à rapprocher la formation des utilisateurs et à assouplir la gestion. Suivant le cas, la délégation de pouvoirs se fait au niveau des régions (ex. Espagne, France, Italie) ou districts et des établissements de formation (pays scandinaves). Elle peut concerner la gestion financière, la gestion du personnel, mais parfois aussi le contenu des formations. Au Royaume-Uni, après une période de mise en place dorganismes nationaux, la décentralisation a été poussée très loin, avec la création de Training Enterprise Councils qui gèrent localement la formation professionnelle.
Pour des raisons comparables et par suite de linsuffisance des ressources, une autre tendance consiste à privatiser la formation. Cest ainsi que, dans les pays qui, comme en Europe centrale et orientale, cherchent à mettre en place un système entièrement nouveau, de nombreux établissements privés de formation se sont créés. Au Royaume-Uni, les Colleges of Further Education qui assurent une formation continue et les Training Enterprise Councils sont des organismes indépendants de statut privé, qui fonctionnent suivant les principes du marché.
En contrepartie de la décentralisation et de la délégation de pouvoirs, il est normal dexiger une prlus grande responsabilisation des institutions ou des organismes décentralisés, qui doivent rendre des comptes de leur gestion. Accountability est donc un mot dordre de plus en plus répandu, notamment dans les pays anglo-saxons.
Par ailleurs, on constate que la tendance à laisser libre cours aux forces du marché et à décentraliser rencontre des limites. Par exemple, lorsquil sagit de définir les profils de formation, on ne voit guère lutilité dune décentralisation, puisque les métiers et les qualifications ne dépendent généralement pas de facteurs régionaux. Un certain nombre de pays de structure fédérale ressentent le besoin dun dispositif national, ne serait-ce que pour assurer une reconnaissance des qualifications qui peut faciliter la mobilité de la main doeuvre (voir à propos de la certification). De manière générale, une forme de régulation est nécessaire, pour éviter des inégalités trop fortes entre régions et entre groupes de population, pour sassurer que la formation évolue conformément aux orientations et aux priorités nationales et pas seulement dans le sens de certains intérêts particuliers et enfin pour garantir une bonne utilisation des ressources.
La question est alors de savoir qui est responsable de cette régulation et comment elle est assurée. Si le marché ne suffit pas, la responsabilité peut incomber à lEtat ou être partagée entre les acteurs concernés, dabord les entreprises, mais aussi les représentants des salariés et, au niveau des établissements, les familles et les représentants de la communauté locale. La tendance à ce partage des responsabilités peut être observée dans beaucoup de pays, ne serait-ce que parce quelle va dans le sens de lefficacité, avec de grandes différences suivant les traditions nationales.
On peut penser à première vue que les entreprises sont les mieux placées pour définir les besoins de formation professionnelle. Cependant, elles risquent de navoir quune vision étroite et à court terme et de privilégier les connaissances techniques et les savoir-faire pratiques au détriment de la formation générale. Elles ne sont pas toujours daccord entre elles à cet égard, car les grandes entreprises disposent de plus de moyens pour donner une formation complémentaire et peuvent sinscrire davantage dans une perspective dévolution professionnelle, alors que les petites souhaitent disposer dune main doeuvre immédiatement opérationnelle pour leur activité spécifique. Il est donc important que la définition des objectifs de formation sinscrive dans une perspective suffisamment large, tenant compte non seulement des intérêts des entreprises, mais aussi de ceux des travailleurs et de la société tout entière
La définition des objectifs de formation et les grandes lignes des programmes sont établies conjointement par les représentants du patronat, des syndicats et des administrations dans les pays germaniques, avec lappui dun important organisme de coordination, le BIBB, en Allemagne. Dans les pays scandinaves, en France et aux Pays-Bas notamment, ces mêmes représentants sont consultés au sein de commissions spécialisées sur les besoins du marché du travail et sur les profils professionnels. Comme on le verra, dans les pays anglo-saxons qui ont adopté le principe des normes de compétence, celles-ci sont définies par des organismes ad hoc où sont surtout représentées les entreprises.
Lorsquil sagit dassurer la formation elle-même, lintérêt dune combinaison et autant que possible dune intégration poussée entre apprentissage théorique dans une école ou un centre de formation et apprentissage pratique sur le lieu de travail paraît évident. Lapprentissage donné dans les pays de tradition germanique répond le mieux à cet objectif. Beaucoup dautres pays sefforcent de relancer et de développer lapprentissage et les pays scandinaves semblent y réussir. Dautres formes dalternance se sont développées, notamment en France avec les stages en entreprise intégrés dans les periodes scolaires, ou la cooperative education aux Etats-Unis.
Un bon fonctionnement de lalternance et une participation active des entreprises, surtout suivant le mode germanique, supposent un cadre institutionnel impliquant une incitation suffisante des acteurs. Il est facilité si celui-ci reflète une tradition dinvestissement dans la formation et de culture de la coopération entre acteurs.
Le financement de la formation professionnelle est un problème vaste et complexe, compte-tenu de la diversité des contextes nationaux, mais aussi parce quil pose des problèmes différents suivant quil sagit de formation initiale et continue et suivant les publics concernés (jeunes, travailleurs, chômeurs). Il faut se limiter à lévocation de quelques grandes tendances.
Dans les pays où existe un système structuré denseignement ou de formation professionnelle, et suivant une formule très répandue, lEtat est le principal pourvoyeur de fonds, quil répartit de manière centralisée et suivant des règles administratives.
Dans les pays germaniques cependant, lapprentissage est financé par les entreprises qui, en contrepartie, bénéficient dune main doeuvre peu coûteuse et ont un pouvoir de contrôle sur la formation professionnelle. Cependant, au cours des dernières années, on perçoit certaines réticences de la part de grandes entreprises qui trouvent le système trop coûteux..
Lextension de la formation et les contraintes budgétaires ont entraîné des évolutions tendant dune part à chercher dautres ressources et dautre part à modifier la manière dont elles sont attribuées. On en donnera quelques exemples:
Des systèmes de taxation et dexonérations fiscales ont été mis en place pour augmenter les ressources et pour inciter les entreprises à investir dans la formation. Si elles ne forment pas, elles versent une contribution à un fonds pour la formation professionnelle, qui peut être gèré de manière paritaire. Ces systèmes peuvent concerner la formation initiale (Danemark, France, Hongrie) ou la formation continue (Danemark, Espagne, France). Dans certains cas, les salariés participent aussi au financement.
Lorsquil sagit de formation continue des travailleurs, on peut soutenir quil sagit dun investissement, aussi bien pour les salariés que pour les entreprises et quil est normal dy faire participer les premiers. Cette participation peut prendre la forme de temps consacré à la formation ; suivant les cas, on peut donc voir la formation assurée pendant le temps de travail ou en-dehors et ce peut être lobjet de débats et de négociations.
Dans les pays anglo-saxons (USA, Australie par exemple) les établissements de formation publics eux-mêmes fonctionnent suivant les lois du marché et font payer les cours quils organisent, soit aux étudiants, soit aux entreprises pour lesquelles des programmes spéciaux ont été conçus. Un peu partout, on voit se développer un marché de la formation mettant en concurrence différents types détablissements qui vendent leurs services. Cela peut être une partie de leur activité, organisée de manière plus ou moins officielle, ou ce peut être le fait de structures spécialement établies.
Un fonctionnement suivant les lois du marché risque dentraîner des inégalités croissantes. Une réponse possible, sans doute appelée à un certain avenir, consiste à distribuer des bons donnant droit à une formation, utilisables suivant les choix de chacun. A noter quen Australie, les étudiants de lenseignement supérieur supportent une partie du coût, mais en payant ultérieurement, en fonction de leurs revenus, formule équitable et démocratique.
Concernant la manière dont les fonds sont attribués et contrôlés, on peut mentionner deux tendances. La première consiste à élaborer des formules pour déterminer les crédits attribués à chaque institution, en tenant compte dun certain nombre de critères: types de programme, localisation, publics, difficultés plus ou moins grandes auxquelles est confronté létablissement. La deuxième formule consiste à passer des contrats avec les établissements et à les financer en fonction de leurs performances. Par exemple au Royaume-Uni, certains financements sont proportionnés au nombre de réussites à un certificat.
En résumé, on constate une tendance à diversifier les sources de financement et à rechercher une meilleure utilisation des fonds. Dans son principe, cette tendance est justifiée, mais il ne faut pas quelle aboutisse, soit à aggraver les inégalités, soit à mettre en cause la qualité. Conjuguer ces différents objectifs pose des problèmes dautant plus délicats que les enjeux sont importants pour léconomie et la société tout entière.